(automatic) English HERE

Tout ce que vous ne pouviez pas savoir sur le livre
Livre_Dautzenberg_Nau

de Bertrand DAUTZENBERG et Jean-Yves NAU :

« Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha »

(Ed Margaux-orange, mai 2007)


par
Kamal Chaouachi

Version provisoire du 8 juin 2007. Existe en deux formats: « salon » (.doc) et « réseau » (.html)

VOIR AUSSI: Lettre à Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l’Intérieur  et

Lettre à Roselyne BACHELOT- NARQUIN, Ministre de la Santé 

INTRODUCTION.. 3

Quelques remarques générales.. 4

Liste des personnes-clés liées à la production du livre.. 5

A propos du titre du livre.. 6

Attaque à ma dignité de chercheur. Ce que je considère personnelle comme une diffamation.. 7

PILLAGE INTELLECTUEL ET CENSURE.. 10

Quelques méthodes et artifices employés pour un pillage intellectuel systématique   10

Petite leçon de pillage pour lecteurs naïfs.. 13

Quelques thèmes : erreurs et commentaires.. 15

Tabagisme passif…... 15

Tabac à chicha (pages 15-16). 15

Goudrons (pages 28-29). 16

Nicotine (pages 32-34). 16

Particules  (page 27). 16

Un nouveau type de "racisme", le "racisme pneumologique" ?. 17

Spécial: Des pilleurs piégés en prenant un kébab pour une «chicha»….... 17

Dépendance.. 18

Monoxyde de carbone.. 20

La « chicha à gaz » (p. 11). 20

Métaux lourds.. 21

A propos des maladies (pages 45 à 52) : Erreurs et commentaires.. 22

Fonction pulmonaire (p. 49). 22

Chicha et cancer (p. 50 et suivantes). 23

Cancer du poumon.. 23

Cancer de la bouche et des lèvres. 24

Cancer de l’estomac.. 24

Risque infectieux et chicha.. 24

Femmes enceintes : pages 51 et 80.. 25

Autres thèmes: encore des erreurs et des commentaires.. 25

L’épidémie mondiale (p. 55). 25

La chicha source de pollution des locaux (p. 61). 25

Tableau sur les 14 avertissements sanitaires (p. 66). 25

« Un risque de conflit politique » préparé de longue date ? (p. 71-72). 25

Comment contrôler les produits utilisés pour la chicha ? (p.73). 25

« Substituts » nicotiniques  et Varénicline (p.86-88). 25

« Comment prévenir les rechutes ?» (p.89). 25

Données récentes dites «scientifiques»: pages 92-131.. 25

La "théorie" machiavélique du tremplin vers la cigarette... «Enquête sur le mode de consommation de la chicha en 2007 en France» (pp. 100-103). 25

«Etude du volume inspiré lors d’une prise de chicha» (pp. 104-106). 25

«Mesure du CO expiré» (pp. 108-111) : 40 bouffées=40 cigarettes ?. 25

«Le prix du tabac à chicha vendu en France» (pp. 116-119). 25

Enfermer tous les fumeurs de narguilé dans des caissons hyperbares ?. 25

L’argument erroné de l’« industrie du tabac » derrière l’épidémie de narguilé.. 25

Conclusion.. 25

 

INTRODUCTION

Je regrette que le Pr Bertrand DAUTZENBERG et le Dr Jean-Yves NAU se soient engagés dans des dérives aux conséquences incalculables, tant sociales que médicales, comme je vais le montrer. Je n’ai jamais eu d’a priori sur le premier depuis le début. Je l’ai connu lorsque je me suis formé à la tabacologie en 1997 en assistant au cours qu’il donne annuellement aux étudiants du DIU (Diplôme Inter-Universitaire de Tabacologie) de Paris XI-Paris XII. A l’époque, j’avais même trouvé son livre de vulgarisation intitulé « Le tabagisme » (Ed. Privat, 1996) d’une bonne qualité. Aussi, je n’ai pas hésité à le citer jusqu’à quatre fois dans la thèse de doctorat. Je n’ai commencé à comprendre les enjeux réels de son mépris soudain envers ma personne qu'au moment (décembre 2005), où j’ai soumis un manuscrit en français (« Les conséquences médicales de l’usage du narguilé (chicha) dans le monde ») à La Presse Médicale dont il a visiblement empêché la publication. La suite est connue avec ses prestations télévisées dans les médias nationaux reprenant en chœur ses équations tonitruantes: 1 narguilé = 100 cigarettes puis, étrangement, seulement 40 cigarettes.

Quant au co-auteur, le Dr Jean-Yves NAU, que je ne connaissais pas particulièrement, j’ai compris a posteriori son association au Pr Bertrand DAUTZENBERG dans ce projet éditorial. Le Dr NAU est journaliste au journal Le Monde et, si j’ai bien compris, spécialisé dans les questions liées au tabac. Par conséquent, je me suis soudain souvenu que, suite à une interview donnée au Pr Bertrand DAUTZENBERG dans ce même journal, j’avais réagi en transmettant à sa rédaction une critique scientifiquement argumentée des propos tenus par le président de l’OFT (Office Français du Tabagisme). Il est apparu que mes commentaires furent censurés. Ils ont alors fait l’objet d’un communiqué sur la censure au journal Le Monde 

Or, j’ai eu la surprise, dans le livre dont il est question ici, de retrouver des traces, non de l’interview elle-même, ce qui eût été légitime, mais de ma propre critique censurée ci-dessus. Je reviendrai sur ce point. Aussi, je ne pus m’empêcher de penser à nouveau au livre de Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique (Les nouveaux chiens de garde; Raisons d’agir, 1997). En effet, ma naïveté m’avait longtemps laissé penser que ce que j’avais lu chez ce dernier auteur, ne pouvait avoir de réalité dans le monde de la tabacologie habité par des gens qui tous oeuvrent pour une bonne cause : la santé publique.

En abordant le livre du Pr Bertrand DAUTZENBERG et du  Dr Jean-Yves NAU, j’étais, comme d’habitude, prêt à me contenter de la censure habituelle qui frappe mes écrits depuis l’an 2000, date de publication de la thèse de doctorat de 420 pages sur le sujet.  Même si, en raison des scandales qu’elle a enfantés, cette censure se lève petit à petit, la portée de mes travaux est encore et souvent minimisée à l’extrême. Leur caractère transdisciplinaire (science biomédicales et sociales) est délibérément ignoré. Seule, quelques tabacologues indépendants et dignes de ce nom, ont su en deviner l’importance dès le départ, il y a 10 ans. Par exemple, cette minimisation consiste à « signaler » souvent mes publications (la thèse tout au plus) dans la rubrique « Introduction » ou « Histoire », comme si je n’avais écrit que sur l’histoire, dimension qui, en fait, ne m’a jamais paru très importante mais qui, apparemment, obsède beaucoup d’«experts». Cette référence constante à l’histoire leur permet d’invoquer des « mythes » (celui du filtrage de la fumée) ; de critiquer des exemples anciens de réduction des risques liés à l’usage de substances potentiellement toxiques ; le « colonialisme » [version française] européen (surtout quand c’est un expert formé aux USA et travaillant à l’American University of Beirut avec des fonds nord-américains, qui le dit…) et d’autres absurdités du même acabit.

 

Je n’ai donc pas trouvé un livre où je serais censuré dans la bibliographie mais dans lequel, en plus d’être ouvertement diffamé par un collectif d'organisations et de tabacologues (page 133), avec toutes les conséquences professionnelles catastrophiques que cela implique, je « brille par mon absence » en raison d'un pillage quasi-intégral –mais maquillé selon une technique journalistique primaire, parfois appelée « rewriting », et qui sera détaillée plus loin- de ma propre littérature, principalement tabacologique. Par ailleurs, ce livre comporte une myriade d’erreurs scientifiques dont le signalement et les observations afférentes exigeraient la production d’un ouvrage au moins égal, en taille, au double du même livre. Par conséquent, je me suis vu contraint de ne sélectionner, pour le moment, que quelques unes de ces erreurs qui seront commentées ci-après dans la mesure du possible.

Quelques remarques générales

Par l’insistance des auteurs sur la question de la fumée passive, ce livre est visiblement destiné au Ministère de la Santé dans le but de fonder scientifiquement l’application de la législation à venir aux salons de thé néo-orientalistes où l’on sert le narguilé. Or, les auteurs sont les premiers à reconnaître que l’on ne peut pratiquement rien conclure –en dehors du CO (monoxyde de carbone)- sur le sujet et notamment sur ce qui touche au courant tertiaire. Les quelques mesures de CO effectués par les équipes dirigées par le Pr DAUZENBERG rejoignent celles que j’ai effectuées moi-même dès 1998 et que j’ai publiées dans la revue Alcoologie (1999; 21(1/83):88-9) et, plus récemment et de manière commentée dans:

Chaouachi K. The Medical Consequences of Narghile (Hookah, Shisha) Use in the World [Les conséquences médicales de l’usage du narguilé (chicha) dans le monde]. Rev Epidemiol Sante Publique [Epidemiology and Public Health] 2007;55(3):165-70. [Article in English][Epub Ahead of print].

 

Quant aux mesures des particules (nombre et taille), elles sont très différentes d’autres que l’on trouve dans des études (non citées par les auteurs pour quelque raison) et ne permettent pas de signaler un danger fondamentalement distinct ou supérieur à celui déjà posé avec les bars, restaurants et autres discothèques où sont consommées des cigarettes et autres produits à fumer.

 

Etrangement, à aucun moment, les auteurs ne parlent de « distillation » comme si il était bien établi que le processus, dans une « chicha » (et il s’agit de tabamel, autrement dit, d’un mélange aromatisé de tabac et mélasse ou miel, chauffé), est une combustion et que le tabac est « brûlé ». Or, il n’en est rien. Je renvoie le lecteur à l’article cité plus haut pour des détails sur ce point important. En effet, la rigueur scientifique impose de prêter une grande attention car la chimie de la fumée issue d’une distillation n’est pas la même que celle produite dans le cadre d’une pyrolyse.

 

Je crois avoir compris que cette étrange insistance (les auteurs parlent même de « flammes » quelque part…) est de légitimer l’application systématique des modèles d’études sur la cigarette (où il y a effectivement combustion) à ceux du narguilé avec, en conclusion, l’autorité scientifique permise pour énoncer des équations du type 1 narguilé=100 ou 40 cigarettes selon les humeurs des experts français de la « chicha ».

 

Liste des personnes-clés liées à la production du livre

J’ai eu enfin le plaisir de découvrir qui, en France, travaille sur ce sujet et comprendre ainsi la nature des ressorts hexagonaux, scientifique et institutionalisée, de la censure à mon égard. Ainsi, les pages VII et VIII indiquent [caractères mis en relief par moi-même]:

 

« - l'équipe de Paris sans tabac et de l'Académie de Paris (Pierre Birkui, Jacqueline Rubal, Maryvonne Noël), qui est aidée par la CPAM de Paris, le PRS Île-de-France et la mission Addiction de la préfecture de Paris;

- l'équipe de l'Alliance contre le tabac en Île-de-France (Candice Penfornis, Tihomir latchev, Marie-Dominique Dautzenberg, Yolande LettieroL qui est aidée par l'INPES dans le cadre du plan Cancer, la MILDT. le PRS Île-de-France ;

- les correspondants du projet Cannafac dans les universités, subventionné par la MILDT (Béatrice Lemaitre, Véronique Marie, Delphine Couralet, Marie-Ange Testelin, Dominique Bonte);

- les équipes de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en particulier celle du laboratoire de granulométrie du service d'explorations fonctionnelles respiratoires du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière et de l'université Paris-VI (Saint-Antoine et Pitié-Salpêtrière) qui a effectué les mesures de la ventilation et de la fumée du tabac à chicha [Marie-Hélène Becquemin, Jean-François Bertholon, Monique Roy) ;

- l'équipe de tabacologie de Toulouse (Aude Levant, Claudine Cabot, Michelle Genestal, Marie Georges, François Letourmy) ;

- le service médical du ministère de l'Intérieur (Olivier Zak-dit-Zbar);

- les acteurs de la campagne Help Pour une vie sans tabac de l'Union européenne, qui, par la campagne de mesure du CO à travers l'Europe menée en 2006 et par une aide spécifique sur la chicha en France en 2007, aident à la dénormalisation de la chicha chez les jeunes.

- à toute l'équipe de l'Office français de prévention du tabagisme (en particulier Joseph Osman, Pascale Sommera, Maria Oelchanidis et Lalla Traorel. qui porte en partie le projet «chicha» »

A propos du titre du livre

Le titre du livre « Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha » montre que ses auteurs se positionnent sans ambiguïté par rapport à un autre ouvrage existant et dont je suis l’auteur (« Tout savoir sur le narguilé »). Cette remarque n’est pas secondaire. Un tel choix implique que les auteurs reconnaissent l’existence de fait d’un corpus de connaissances sur le sujet qui ferait, pour ainsi dire, et dans une certaine mesure, autorité. Or ce livre et cette somme de connaissances existantes, ce sont ceux que j’ai diffusés et qui sont censurés depuis 10 ans dans le monde entier. J’en suis très honoré. Cela dit, il est remarquable que c’est l’inverse d’une situation normale où la voix dissidente, celle de l’opposition, tente de prendre à contre-pied la doxa établie par l’Université et toutes les académies officielles au risque d’excentrer l’objet de ses recherche.

 

Poser ainsi un problème révèle une faiblesse méthodologique certaine de la part des auteurs. En effet, un principe fondamental de la recherche est de centrer l’activité de rationalisation sur l’objet à étudier. Toutes les connaissances scientifiques accumulées (parfois au cours des siècles) sur l’objet d’une recherche sont à passer en revue, une à une ou par blocs plus ou moins importants. Leurs auteurs doivent alors être cités selon des règles variables mais en tout cas très précises.

 

Enfin, pourquoi s’exclamer « Tout ce que l’on ne sait pas sur la chicha » alors le grand public est abreuvé régulièrement d’informations « sans le moindre doute » à leur sujet et « scientifiquement établies » par des « études » toujours « nouvelles ». C’est bien connu, le narguilé est très dangereux pour la santé et beaucoup plus dangereux que la cigarette. A tel point que les auteurs de certaines études vont même jusqu’à proposer son interdiction pure et simple sans oser proposer le même traitement aux cigarettes. Les intérêts économiques en jeu –tant en ce qui concerne l’industrie du tabac que l’industrie pharmaceutique- sont désormais clairs pour tout le monde. Le but est de ne pas entraver, au niveau macro-économique, l’offre de nicotine et la demande de « nicotine ». Le narguilé est un trouble-fête. Un cigarettier, un jour sollicité, répondit : « Pourquoi fabriquerais des narguilés ou les produits à fumer correspondants  si la dépendance de ses usagers est si flottante ?»

 

Attaque à ma dignité de chercheur. Ce que je considère personnelle comme une diffamation

« Les textes publiés dans cet ouvrage engagent la responsabilité des auteurs » (page 144).


On lit, p. 133, sous le titre « Sélection de sites internet » : « 
www.sacrednarghile.com Ce site en anglais donne des informations sur l’histoire de la chicha et son développement. La partie médicale donne quelques informations, malheureusement biaisées par les diatribes de Kamel Chaouachi, qui traite tous les chercheurs de l’OMS de «vendus» et essaie de se défendre de l’accusation qui lui est faite d’être, en nom propre, détenteur d’un brevet pour une chicha à gaz vendue partout dans le monde. Ce site est donc à lire avec un grand esprit critique (comme toujours sur internet). »


1-Je suis très étonné car je n’ai jamais qualifié les chercheurs de l’OMS de « vendus ». Je me suis contenté, comme je le rappellerai, de montrer qu’ils ont produits deux rapports officiels sur le narguilé (
1er rapport erroné)(2ème rapport erroné) comportant des dizaines de graves erreurs scientifiques et que ces dernières étaient dues à une volonté délibérée de censurer des travaux pionniers et transdisciplinaires sur le sujet et qui montrent que l’anthropologie est une clé fondamentale pour l’analyse. Une telle dimension a été évacuée au profit d’une approche technocratique, démesurément positiviste, brouillonne voire enfantine avec les résultats maintenant connus.


Vraiment, mon article dans le
Journal of Negative Results in Biomedicine (journal biomédical du groupe BioMed), ne serait-il qu’une « diatribe » ? Comment expliquer sa popularité qui le place au « hit-parade »: 7000 accès en 6 mois, sans compter quelques autres milliers vers des « sites mirroirs » puisque, comme le personnel m’en a informé spontanément: ce chiffre « does not include accesses from PubMed Central or other archive sites » .. et que, par conséquent, « the total access statistics for your article are therefore likely to be significantly higher ». En fait, et ce n’est pas tout, il s’agit de l’article le plus lu du journal en question depuis sa création en 2002 . Aussi, combien je serais ravi de voir le Pr Bertrand DAUTZENBERG et le Dr Jean-Yves NAU publier officiellement une critique ou une dénonciation de cette « diatribe ». Mais