Tout ce que vous ne pouviez pas savoir sur le livre

de Bertrand DAUTZENBERG et
Jean-Yves NAU :
« Tout ce que
vous ne savez pas sur la chicha »
(Ed Margaux-orange, mai 2007)
par Kamal Chaouachi
Version provisoire du 8 juin 2007. Existe en deux
formats: « salon » (.doc) et « réseau » (.html)
VOIR
AUSSI: Lettre à Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de
l’Intérieur et
Lettre à Roselyne BACHELOT- NARQUIN,
Ministre de la Santé
Liste des personnes-clés liées à la production du livre
Attaque à ma dignité de
chercheur. Ce que je considère personnelle comme une diffamation
PILLAGE INTELLECTUEL ET CENSURE
Quelques méthodes et artifices employés pour un pillage intellectuel
systématique
Petite leçon de pillage pour lecteurs naïfs
Quelques thèmes : erreurs et
commentaires
Un nouveau type de "racisme", le "racisme
pneumologique" ?
Spécial: Des pilleurs
piégés en prenant un kébab pour une «chicha»…
A propos des maladies (pages
45 à 52) : Erreurs et commentaires
Chicha et cancer (p. 50 et suivantes)
Cancer de la bouche et des lèvres
Femmes enceintes : pages 51 et 80
Autres thèmes: encore des
erreurs et des commentaires
La chicha source de pollution des locaux (p. 61)
Tableau sur les 14 avertissements sanitaires (p. 66)
« Un risque de conflit
politique » préparé de longue date ? (p. 71-72)
Comment contrôler les produits utilisés pour la
chicha ? (p.73)
« Substituts » nicotiniques et
Varénicline (p.86-88)
« Comment prévenir les rechutes ?» (p.89)
Données récentes dites
«scientifiques»: pages 92-131
«Etude du volume inspiré lors d’une prise de chicha» (pp. 104-106)
«Mesure du CO expiré» (pp. 108-111) : 40 bouffées=40
cigarettes ?
«Le prix du tabac à chicha vendu en France» (pp. 116-119)
Enfermer tous les fumeurs de narguilé dans des caissons
hyperbares ?
L’argument erroné de l’« industrie du tabac »
derrière l’épidémie de narguilé..
Je regrette que le Pr Bertrand DAUTZENBERG et le Dr Jean-Yves NAU se soient
engagés dans des dérives aux conséquences incalculables, tant sociales que
médicales, comme je vais le montrer. Je n’ai jamais eu d’a priori sur le
premier depuis le début. Je l’ai connu lorsque je me suis formé à la
tabacologie en 1997 en assistant au cours qu’il donne annuellement aux
étudiants du DIU (Diplôme Inter-Universitaire de Tabacologie) de Paris XI-Paris
XII. A l’époque, j’avais même trouvé son livre de vulgarisation intitulé
« Le tabagisme » (Ed. Privat, 1996) d’une bonne qualité. Aussi, je
n’ai pas hésité à le citer jusqu’à quatre fois dans la thèse de doctorat. Je
n’ai commencé à comprendre les enjeux réels de son mépris soudain envers ma
personne qu'au moment (décembre 2005), où j’ai soumis un manuscrit en français
(« Les conséquences médicales de
l’usage du narguilé (chicha) dans le monde ») à La Presse Médicale dont il a visiblement empêché la publication. La
suite est connue avec ses prestations télévisées dans les médias
nationaux reprenant en chœur ses équations tonitruantes: 1 narguilé = 100
cigarettes puis, étrangement, seulement 40 cigarettes.
Quant au co-auteur, le Dr
Jean-Yves NAU, que je ne connaissais pas particulièrement, j’ai compris a
posteriori son association au Pr Bertrand DAUTZENBERG dans ce projet éditorial.
Le Dr NAU est journaliste au journal Le
Monde et, si j’ai bien compris, spécialisé dans les questions liées au
tabac. Par conséquent, je me suis soudain souvenu que, suite à une interview
donnée au Pr Bertrand DAUTZENBERG dans ce même journal, j’avais réagi en
transmettant à sa rédaction une critique scientifiquement argumentée des propos
tenus par le président de l’OFT (Office Français du Tabagisme). Il est apparu
que mes commentaires furent censurés. Ils ont alors fait l’objet d’un communiqué sur la censure au journal Le Monde
Or, j’ai eu la surprise,
dans le livre dont il est question ici, de retrouver des traces, non de
l’interview elle-même, ce qui eût été légitime, mais de ma propre critique
censurée ci-dessus. Je reviendrai sur ce point. Aussi, je ne pus m’empêcher de
penser à nouveau au livre de Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique (Les
nouveaux chiens de garde; Raisons d’agir, 1997). En effet, ma naïveté
m’avait longtemps laissé penser que ce que j’avais lu chez ce dernier auteur,
ne pouvait avoir de réalité dans le monde de la tabacologie habité par des gens
qui tous oeuvrent pour une bonne cause : la santé publique.
En abordant le livre du Pr
Bertrand DAUTZENBERG et du Dr Jean-Yves NAU, j’étais, comme d’habitude,
prêt à me contenter de la censure habituelle qui frappe mes écrits depuis l’an
2000, date de publication de la thèse de doctorat de 420 pages sur le
sujet. Même si, en raison des scandales qu’elle a enfantés, cette censure
se lève petit à petit, la portée de mes travaux est encore et souvent minimisée
à l’extrême. Leur caractère transdisciplinaire (science biomédicales et
sociales) est délibérément ignoré. Seule, quelques tabacologues indépendants et
dignes de ce nom, ont su en deviner l’importance dès le départ, il y a 10 ans.
Par exemple, cette minimisation consiste à « signaler » souvent mes
publications (la thèse tout au plus) dans la rubrique
« Introduction » ou « Histoire », comme si je n’avais écrit
que sur l’histoire, dimension qui, en fait, ne m’a jamais paru très importante
mais qui, apparemment, obsède beaucoup d’«experts». Cette référence constante à
l’histoire leur permet d’invoquer des « mythes » (celui du filtrage
de la fumée) ; de critiquer des exemples anciens de réduction des risques liés à l’usage de substances potentiellement toxiques ; le « colonialisme » [version française] européen (surtout quand c’est un expert formé aux USA et travaillant à l’American University of Beirut avec des
fonds nord-américains, qui le dit…) et d’autres absurdités du même acabit.
Je n’ai donc pas trouvé un livre où je serais censuré dans la bibliographie
mais dans lequel, en plus d’être ouvertement diffamé par un collectif
d'organisations et de tabacologues (page 133), avec toutes les conséquences
professionnelles catastrophiques que cela implique, je « brille par mon absence »
en raison d'un pillage quasi-intégral –mais maquillé selon une technique
journalistique primaire, parfois appelée « rewriting », et qui sera
détaillée plus loin- de ma propre littérature, principalement tabacologique.
Par ailleurs, ce livre comporte une myriade d’erreurs scientifiques dont le
signalement et les observations afférentes exigeraient la production d’un
ouvrage au moins égal, en taille, au double du même livre. Par conséquent, je
me suis vu contraint de ne sélectionner, pour le moment, que quelques unes de
ces erreurs qui seront commentées ci-après dans la mesure du possible.
Par l’insistance des auteurs sur la
question de la fumée passive, ce livre est visiblement destiné au Ministère
de la Santé dans le but de fonder scientifiquement l’application de la
législation à venir aux salons de thé néo-orientalistes où l’on sert le
narguilé. Or, les auteurs sont les premiers à reconnaître que l’on ne peut
pratiquement rien conclure –en dehors du CO (monoxyde de carbone)- sur le sujet
et notamment sur ce qui touche au courant tertiaire. Les quelques mesures de CO
effectués par les équipes dirigées par le Pr DAUZENBERG rejoignent celles que
j’ai effectuées moi-même dès 1998 et que j’ai publiées dans la revue Alcoologie (1999; 21(1/83):88-9) et,
plus récemment et de manière commentée dans:
Chaouachi K. The Medical
Consequences of Narghile (Hookah, Shisha) Use in the World [Les conséquences
médicales de l’usage du narguilé (chicha) dans le monde]. Rev Epidemiol Sante Publique [Epidemiology
and Public Health] 2007;55(3):165-70. [Article in English][Epub Ahead of
print].
Quant aux mesures des
particules (nombre et taille), elles sont très différentes d’autres que l’on
trouve dans des études (non citées par les auteurs pour quelque raison) et ne
permettent pas de signaler un danger fondamentalement distinct ou supérieur à
celui déjà posé avec les bars, restaurants et autres discothèques où sont
consommées des cigarettes et autres produits à fumer.
Etrangement, à aucun
moment, les auteurs ne parlent de « distillation » comme si il était
bien établi que le processus, dans une « chicha » (et il s’agit de
tabamel, autrement dit, d’un mélange aromatisé de tabac et mélasse ou miel,
chauffé), est une combustion et que le tabac est « brûlé ». Or, il n’en
est rien. Je renvoie le lecteur à l’article cité plus haut pour des détails sur
ce point important. En effet, la rigueur scientifique impose de prêter une
grande attention car la chimie de la fumée issue d’une distillation n’est pas
la même que celle produite dans le cadre d’une pyrolyse.
Je crois avoir compris que
cette étrange insistance (les auteurs parlent même de « flammes »
quelque part…) est de légitimer l’application systématique des modèles d’études
sur la cigarette (où il y a effectivement combustion) à ceux du narguilé avec,
en conclusion, l’autorité scientifique permise pour énoncer des équations du
type 1 narguilé=100 ou 40 cigarettes selon les humeurs des experts français de
la « chicha ».
J’ai eu enfin le plaisir de découvrir qui, en France, travaille sur ce
sujet et comprendre ainsi la nature des ressorts hexagonaux, scientifique et
institutionalisée, de la censure à mon égard. Ainsi, les pages VII et VIII
indiquent [caractères mis en relief par moi-même]:
« - l'équipe de Paris sans
tabac et de l'Académie de Paris
(Pierre Birkui, Jacqueline Rubal,
Maryvonne Noël), qui est aidée par la CPAM
de Paris, le PRS Île-de-France
et la mission Addiction de la préfecture
de Paris;
-
l'équipe de l'Alliance contre le tabac
en Île-de-France (Candice Penfornis,
Tihomir latchev, Marie-Dominique Dautzenberg, Yolande LettieroL qui est
aidée par l'INPES dans le cadre du
plan Cancer, la MILDT. le PRS Île-de-France ;
- les
correspondants du projet Cannafac
dans les universités, subventionné par la MILDT
(Béatrice Lemaitre, Véronique Marie,
Delphine Couralet, Marie-Ange Testelin, Dominique Bonte);
- les
équipes de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en particulier celle du
laboratoire de granulométrie du service d'explorations fonctionnelles
respiratoires du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière
et de l'université Paris-VI (Saint-Antoine et Pitié-Salpêtrière) qui a
effectué les mesures de la ventilation et de la fumée du tabac à chicha [Marie-Hélène Becquemin, Jean-François
Bertholon, Monique Roy) ;
- l'équipe de tabacologie de Toulouse (Aude Levant, Claudine Cabot, Michelle
Genestal, Marie Georges, François Letourmy) ;
- le
service médical du ministère de l'Intérieur (Olivier Zak-dit-Zbar);
- les
acteurs de la campagne Help Pour une
vie sans tabac de l'Union européenne, qui, par la campagne de mesure du CO à
travers l'Europe menée en 2006 et par une aide spécifique sur la chicha en
France en 2007, aident à la dénormalisation de la chicha chez les jeunes.
- à
toute l'équipe de l'Office français de
prévention du tabagisme (en particulier Joseph Osman, Pascale Sommera, Maria Oelchanidis et Lalla Traorel.
qui porte en partie le projet «chicha» »
Le titre du livre « Tout ce que
vous ne savez pas sur la chicha » montre que ses auteurs se
positionnent sans ambiguïté par rapport à un autre ouvrage existant et dont je
suis l’auteur (« Tout savoir sur le narguilé »). Cette remarque
n’est pas secondaire. Un tel choix implique que les auteurs reconnaissent
l’existence de fait d’un corpus de connaissances sur le sujet qui ferait, pour
ainsi dire, et dans une certaine mesure, autorité. Or ce livre et cette somme
de connaissances existantes, ce sont ceux que j’ai diffusés et qui sont
censurés depuis 10 ans dans le monde entier. J’en suis très honoré. Cela dit,
il est remarquable que c’est l’inverse d’une situation normale où la voix
dissidente, celle de l’opposition, tente de prendre à contre-pied la doxa
établie par l’Université et toutes les académies officielles au risque
d’excentrer l’objet de ses recherche.
Poser ainsi un problème
révèle une faiblesse méthodologique certaine de la part des auteurs. En effet,
un principe fondamental de la recherche est de centrer l’activité de
rationalisation sur l’objet à étudier. Toutes les connaissances scientifiques
accumulées (parfois au cours des siècles) sur l’objet d’une recherche sont à
passer en revue, une à une ou par blocs plus ou moins importants. Leurs auteurs
doivent alors être cités selon des règles variables mais en tout cas très
précises.
Enfin, pourquoi s’exclamer
« Tout ce que l’on ne sait
pas sur la chicha » alors le grand public est abreuvé régulièrement
d’informations « sans le moindre
doute » à leur sujet et « scientifiquement
établies » par des « études » toujours
« nouvelles ». C’est bien connu, le narguilé est très dangereux pour
la santé et beaucoup plus dangereux
que la cigarette. A tel point que les auteurs de certaines études vont même
jusqu’à proposer son interdiction pure et simple sans oser proposer le même
traitement aux cigarettes. Les intérêts économiques en jeu –tant en ce qui
concerne l’industrie du tabac que l’industrie pharmaceutique- sont désormais
clairs pour tout le monde. Le but est de ne pas entraver, au niveau
macro-économique, l’offre de nicotine et la demande de « nicotine ». Le narguilé est un trouble-fête. Un
cigarettier, un jour sollicité, répondit : « Pourquoi fabriquerais des narguilés ou les produits à fumer
correspondants si la dépendance de ses usagers est si flottante ?»
« Les textes
publiés dans cet ouvrage engagent la responsabilité des auteurs » (page 144).
On lit, p. 133, sous le titre « Sélection de sites internet » : « www.sacrednarghile.com Ce site en anglais donne des informations sur l’histoire
de la chicha et son développement. La partie médicale donne quelques
informations, malheureusement biaisées par les
diatribes de Kamel Chaouachi, qui traite tous les chercheurs de l’OMS de
«vendus» et essaie de se défendre de l’accusation qui lui est faite d’être, en
nom propre, détenteur d’un brevet pour une chicha à gaz vendue partout dans le
monde. Ce site est donc à lire avec un grand esprit critique (comme
toujours sur internet). »
1-Je suis très étonné car je n’ai jamais qualifié les chercheurs de l’OMS de
« vendus ». Je me suis contenté, comme je le rappellerai, de montrer
qu’ils ont produits deux rapports officiels sur le narguilé (1er rapport
erroné)(2ème rapport erroné) comportant des
dizaines de graves erreurs scientifiques et que ces dernières étaient dues à
une volonté délibérée de censurer des travaux pionniers et transdisciplinaires
sur le sujet et qui montrent que l’anthropologie est une clé fondamentale pour
l’analyse. Une telle dimension a été évacuée au profit d’une approche
technocratique, démesurément positiviste, brouillonne voire enfantine avec les
résultats maintenant connus.
Vraiment, mon article dans le Journal of Negative Results in Biomedicine (journal biomédical
du groupe BioMed), ne serait-il qu’une « diatribe » ? Comment
expliquer sa popularité qui le place au « hit-parade »: 7000 accès en
6 mois, sans compter quelques autres milliers vers des « sites
mirroirs » puisque, comme le personnel m’en a informé spontanément: ce
chiffre « does not include accesses
from PubMed Central or
other archive sites » .. et que, par conséquent, « the total access statistics for your
article are therefore likely to be significantly higher ». En fait, et
ce n’est pas tout, il s’agit de l’article le plus lu du journal en question depuis sa
création en 2002 . Aussi, combien je serais ravi de voir le Pr
Bertrand DAUTZENBERG et le Dr Jean-Yves NAU publier officiellement une critique
ou une dénonciation de cette « diatribe ». Mais